Pourquoi certains paysages nous manquent-ils ?

Pourquoi certains paysages nous manquent-ils ?

Il suffit parfois de très peu.

Une ligne d’horizon.
Une façade aperçue au bout d’une rue.
Un port au petit matin.
Une plage presque vide.
La silhouette d’un clocher derrière quelques maisons.

Et, sans vraiment savoir pourquoi, quelque chose revient.

Un souvenir. Une sensation. Une époque. Des personnes. Peut-être même une version de nous-mêmes que l’on avait presque oubliée.

Certains paysages ne sont pas seulement beaux. Ils finissent par faire partie de notre histoire.

Nous ne regardons jamais vraiment un paysage pour la première fois

Lorsque nous découvrons un endroit, nous voyons des formes, des couleurs, une architecture, une lumière.

Mais lorsque nous y revenons, nous voyons beaucoup plus.

La plage où les enfants ont appris à nager.
Le café où l’on s’arrêtait chaque été.
Une promenade faite cent fois.
Une maison de famille.
Le port où l’on allait chercher le pain à vélo.
Un hôtel devant lequel on passait sans jamais y entrer.

Petit à petit, le paysage réel se mélange à notre propre mémoire.

C’est probablement pour cela que deux personnes peuvent regarder exactement le même endroit et ne pas voir du tout la même chose.

Pour l’une, La Baule sera une immense baie.

Pour une autre, ce sera une cabine de plage, une villa cachée derrière les pins ou la silhouette de l’Hermitage.

Pour quelqu’un d’autre encore, Le Pouliguen sera moins un port qu’un dimanche matin de juillet.

Nous attachons des souvenirs aux lieux. Puis les lieux nous les rendent.

Pourquoi avons-nous envie de ramener certains endroits chez nous ?

C’est une drôle d’habitude humaine.

Nous voyageons et nous rapportons des objets.

Un coquillage. Une photographie. Une affiche. Une carte postale. Un morceau de bois flotté. Parfois des choses dont nous nous demandons quelques mois plus tard pourquoi elles ont traversé 800 kilomètres dans notre coffre.

Mais derrière ces objets se cache toujours la même intention : empêcher un lieu de disparaître complètement lorsque nous le quittons.

Une image accrochée chez soi joue ce rôle de façon particulière.

Elle ne raconte pas seulement ce qu’elle représente.

Elle raconte ce qu’elle représente pour celui qui la regarde.

Un tableau de la baie de La Baule n’est donc jamais seulement un tableau de la baie de La Baule.

Il peut devenir le souvenir d’une maison de vacances, d’une enfance, d’un week-end, d’une rencontre ou d’un simple moment où l’on s’est senti bien.

C’est aussi pour cela que certains tableaux trouvent immédiatement leur place dans une maison.

On ne les choisit pas uniquement parce que leurs couleurs vont bien avec le canapé.

Heureusement.

Un artiste ne peint pas seulement ce qu’il voit

C’est là que le regard de l’artiste devient intéressant.

Une photographie cherche souvent à saisir un lieu tel qu’il se présente à un instant précis.

Un peintre peut faire autre chose.

Il peut enlever.

Simplifier.

Déplacer légèrement.

Choisir un détail plutôt qu’un autre.

Faire disparaître ce qui encombre le regard.

Accentuer une façade, une ligne, un arbre ou une silhouette.

Chez Ligne 42, Gérard Lusteau travaille précisément de cette manière.

Ses paysages du littoral sont construits avec un dessin précis, proche de la ligne claire, puis mis en couleur à l’aquarelle.

Mais surtout, ils sont volontairement épurés.

Le ciel et la mer peuvent devenir presque absents.

Les bâtiments, les arbres, les quais ou les personnages prennent alors davantage d’importance.

Le paysage reste identifiable, mais il n’est plus une simple reproduction du réel.

Il devient une interprétation.

Et parfois, curieusement, cette interprétation ressemble davantage au souvenir que nous avons d’un lieu que la photographie elle-même.

Le pouvoir du détail

Nous pensons souvent nous souvenir d’un paysage dans son ensemble.

En réalité, notre mémoire fonctionne beaucoup par fragments.

Une façade blanche.

Des volets bleus.

Une rangée de cabines.

Un phare.

Un remorqueur dans le port de Saint-Nazaire.

Les remparts de Guérande.

Le clocher de Batz-sur-Mer.

Quelques bateaux alignés au Pouliguen.

Ce sont ces détails qui permettent instantanément de reconnaître un endroit.

Le reste peut presque disparaître.

C’est d’ailleurs ce qui rend certains paysages si intéressants à peindre : il suffit parfois de quelques lignes pour qu’un lieu entier réapparaisse.

Et avec lui, tout ce que nous y avons vécu.

Le littoral possède une mémoire particulière

Les paysages de bord de mer ont peut-être encore plus que les autres cette capacité à s’inscrire dans nos souvenirs.

Parce que nous y revenons.

Année après année.

Parce que nous y avons souvent davantage de temps pour regarder.

Parce que les vacances, les week-ends et les maisons de famille y construisent des habitudes.

Le même marché.

Le même chemin vers la plage.

La même promenade sur le port.

Et pourtant, rien n’est jamais exactement identique.

Les enfants grandissent.

Les commerces changent.

Les villas sont rénovées.

Les bateaux disparaissent.

Les arbres poussent.

Un paysage que nous pensions immuable évolue avec nous.

C’est peut-être justement pour cela que nous cherchons parfois à en conserver une image.

Non pas pour figer le passé.

Mais pour garder un point de repère.

Un tableau peut être beaucoup plus qu'une décoration

Nous parlons beaucoup de décoration lorsque nous choisissons une œuvre.

Du format.

Des couleurs.

Du cadre.

De l’endroit où elle sera accrochée.

Tout cela compte.

Mais un tableau que l’on garde longtemps possède généralement autre chose.

Une raison personnelle d’être là.

Il rappelle quelque chose.

Il provoque une conversation.

Quelqu’un entre dans la pièce et dit :

« Ah, c’est La Baule ? »

Et immédiatement une histoire commence.

C’est sans doute l’une des plus belles fonctions d’une œuvre : ne pas seulement occuper un mur, mais faire revenir un lieu, un souvenir ou une émotion.

Chez Ligne 42, c’est précisément ce que nous essayons de conserver dans chaque paysage.

Pas seulement la géographie d’un endroit.

Ce petit quelque chose qui fait que, lorsque nous le regardons, nous avons presque l’impression d’y être revenus.

Retour au blog

Laisser un commentaire